
Source : LE SEPTENNAT (Auteur : Marc Thirion - Editions : Carrere/Kian) 1988.

~ En famille ~
- Mon père est russe blanc de Géorgie, dans le Caucase, et ma mère juive marocaine. Tu mets cela dans un shaker
et tu mélanges ! Chez nous, ça sentait plus les épices que les frites...
Une famille unie que celle des Bodianski. Une union due en grande partie à un choc de races et de cultures différentes.
Du côté paternel, les grands-parents de Dimitri ont participé à la révolution de 1917, avec l'armée blanche, contre les bolcheviks.
Ils choisiront l'exil et rejoindront Paris en passant par la Turquie. Si l'on veut remonter encore plus loin dans l'arbre
généalogique de la famille, une arrière-grand-mère qui fut la première pétrolière du monde ! Si le père de Dimitri est né à
Paris,
sa mère vit le jour au Maroc et rejoignit Paris à l'âge de douze ans. Dans sa famille, on trouve rien de moins qu'un des plus
grands philosophes juifs qui partagera sa vie entre la France et l'Espagne. Il en restera, dans toute la famille, un grand attachement à la religion juive.
- Avant tout comme culture, précise Dimitri, il s'agit d'une religion sans inquisition pour convertir les gens, un peuple
de base avec ses coutumes. Notre système de pensée est donc très familial.
Dimitri ne cache pas qu'il a vécu une enfance heureuse dans une cellule familiale chaleureuse. Vivant l'effervescence de
Saint-Germain, de la rue des Beaux-arts du Flore et de Sartre au temps des Tricheurs, Dimitri grandira dans ce milieu
d'intellectuels de gauche, lui inculquant les valeurs d'humanisme, de tolérance et du respect de l'autre.
- C'étaient un peu les branchés de l'époque. En 68, j'étais sur le dos de mon père, j'ai vécu ma première manif
à l'âge de quatorze ans. Je participais à toutes les AG et je criais plus fort que les autres... Mais je n'ai jamais
voulu m'inscrire dans un parti de lycéens.
Sa mère fut l'assistante de la cinéaste Agnès Varda au TNP, participant régulièrement au festival d'Avignon.
Elle dirige aujourd'hui à mi-temps le service photo du magazine Week-end.
- Mon père a commencé à briller sur les bancs des grandes écoles : Licencié en droit, sciences politiques et HEC.
Puis il s'est retrouvé Businessman dans l'import-export. Si les affaires restent sa préoccupation majeure,
l'écriture est sa seconde passion. Un peu tardive, me direz-vous, puisqu'il a commencé à vouloir être publié
à l'âge de cinquante ans. Livres pour enfants, romans policiers ou réflexions politiques sur l'URSS, il oeuvre
dans plusieurs directions sous le nom de Bodianski ou avec le pseudo de Vladimir.
Son dernier ouvrage, publié au "Fleuve noir", serait directement inspiré de la naissance du fils de Dimitri...
Quand les Bodianski décident de quitter Paris pour s'installer à la campagne, précisément à Marcoussi, situé à une
trentaine de kilomètres de la capitale, ce n'est pas moins de sept maisons qu'il faudra pour loger toute la famille !
- Quand on est en minorité dans un pays, il est logique de rester soudé !
Ainsi Dimitri n'a pas hésité à rester dans le home familial jusqu'à l'âge de vingt ans, c'est-à-dire bien après ses débuts avec Indochine.
Ses parents iront même jusqu'à aider financièrement le groupe à ses débuts... Et puis, il ne faut pas oublier la grande soeur,
Nathalie, âgée de vingt-sept ans, qui ouvrit les oreilles du petit Dimitri à la musique, et tous ses cousins et cousines,
dont l'une fut à l'origine de sa rencontre avec Nicola.
- Pour un gamin, avoir une grande soeur, c'est la porte ouverte à plein de choses. J'ai habité un temps
avec mes cousins dans un appartement de l'île de la Cité. Etienne et Antoine ont mon age, nous nous sommes
toujours suivis, comme trois frères, on nous appelait BI, BA, BO !

~ A l'école ~
Devant de si bons résultats scolaires, les professeurs de Dimitri passeront sous silence l'indiscipline du sujet.
Dimitri connaît en effet une scolarité sans problème. Une chose est certaine, il ne se voit pas derrière un bureau.
Son objectif étant de réussir dans une profession libérale ou artistique. Il est plus attiré par les matières littéraires (français, histoire-géo)
que par les maths ou la physique. Il passe rapidement de Oui-Oui à Steinbeck, aime Vian, Ionesco et Georges Perec...
mais achète aussi Pif pour lire Corto Maltese et Spirou.
- Je lisais beaucoup, je pouvais trouver chez moi les magazines tel que le Nouvel Obs. J'ai aussi lu quelques
livres de philosophes mais Les Liaisons dangereuses de Laclos reste le livre marquant de mon adolescence.
Pourtant Dimitri sera, comme tous les bons élèves, orienté vers une section scientifique (Bac D) ; fort d'un esprit cartésien
développé, il ne changera de section que pour s'assurer l'obtention du Bac. C'est alors que commence l'aventure Indochine.
Il est encore en classe de première quand il rencontre Nicola et fait ses premiers pas avec les Espions.
- J'étais en D, j'ai finalement passé un Bac A, car je n'allais plus en cours, trop pris par la promotion. J'étais au lycée
Victor Hugo, il n'y avait que deux garçons dans la classe, l'autre était du genre matheux un peu boutonneux.
J'ai cherché à poursuivre le plus loin possible mes études tout en choisissant de continuer mon expérience
avec le groupe. Les études étaient alors une activité récréative.
Alors en terminale (il est tous les après-midi en répétition avec Indochine), le premier concert prévu au Rose Bonbon
tombe un 16 septembre, date de la rentrée des classes. A la demande de Dimitri, Marc Barrière consentira
à le reporter au 27 du même mois. Au moment où tous les candidats au Bac révisent, Dimitri, lui, est en tournée en première
partie de Taxi Girl. Il rate l'épreuve de Gymnastique mais sera néanmoins brillamment reçu.
- J'étais certain d'obtenir mon Bac, je ne me faisais donc pas trop de soucis.
On aurait pu croire qu'il arrêterait là ses études pour se consacrer à plein temps à la carrière d'indo. Eh bien non,
il enregistre l'album L'Aventurier et s'inscrit en fac d'histoire et d'histoire de l'art en double cursus à Tolbiac.
Parallèlement, il poursuivra aussi des cours dans une école de pub.
- J'ai toujours aimé l'histoire, même si j'étais conscient que ce genre d'études générales ne menait pas à
grand-chose. Le jour de l'inscription avec mon cousin, nous étions partis pour faire droit. Mais les meufs avaient
toutes l'air moche alors que dans la file d'histoire, il n'y avait que des canons ! Voilà comment cela s'est passé !
Cela ne mène pourtant pas au journalisme politique (profession actuelle du cousin) ni à la musique rock.
Une nouvelle fois, le concert d'Indochine au Palace tombe en plein dans les partiels de Dimitri.
- La première année, je fréquentais encore un peu les cours, la seconde plus du tout. J'ai arrêté la fac après
deux ans, juste avant Le Péril Jaune. J'avais prouvé à mes parents que l'aventure Indochine était sérieuse.
De toute façon, ils m'ont toujours fait confiance.
En quittant définitivement le milieu étudiant, Dimitri affronte tous les soucis et les bonheurs d'un adolescent plongé
dans le monde de la rock-music.
- Les autres avaient quitté le lycée depuis un moment. J'ai peut-être vécu cela trop jeune. J'ai été plus
long à prendre la chose au sérieux. J'avais un esprit moins travailleur. Je manquais terriblement de maturité.
Il ne faut pas oublier que c'était mon premier groupe. J'étais un peu insouciant.
~ Premiers flirts ~
A quatorze ans, il entre pour la première fois dans un lycée mixte et multiplie les conquêtes. Jusqu'au jour où il
tombe amoureux pour la première fois. Une bien belle histoire d'amour-passion qui durera quatre ans.
- Je me suis fait larguer. A partir de là, j'ai décidé que les nanas allaient trinquer ! Je n'ai pas arrêté de larguer
les filles au bout de deux ou trois jours. Aujourd'hui, je pense avoir été suffisamment vengé et j'ai trouvé
l'amour de ma vie. J'adore séduire et j'ai toujours été très séducteur avec les filles. Je suis très dragueur
mais je me contrôle. Je suis pour la fidélité, donc aucun écart !
~ Premiers jobs ~
De l'argent, il en a toujours eu, et s'il travaillait pendant les mois d'été dans des bureaux ou dans un hôtel, ce n'était que
pour s'offrir des choses en plus, un premier appareil photo ou un peu plus tard un saxophone. Dimitri serait même du genre très dépensier.
- Je n'ai jamais vu l'argent comme une fin en soi. Il est plutôt fait pour s'amuser avec. J'ai toujours appliqué
un socialisme de base avec mes copains. Ainsi, je préfère qu'on s'amuse en bande avec mon argent que de le dépenser seul.
~ L'armée ~
Il sera le dernier de la bande à être réformé. Soulagement pour les trois autres, c'était en pleine promotion du Péril Jaune !
~ Caractère ~
Dimitri est le benjamin d'Indochine, souvent qualifié de boute-en-train de la bande.
- J'aime bien rire et je suis d'un naturel joyeux, mais comme je suis très lunatique je peux tout d'un coup devenir
de mauvaise humeur et je suis alors de très mauvaise foi. On m'appelle aussi le Schtroumph grognon !
Il m'arrive de m'emporter assez facilement, de vouloir avoir raison à tout prix.
Son signe (Bélier) dénote bien son caractère assez chaud, style méditerranéen.
- J'ai tendance à défoncer les portes ouvertes.
Mais rassurez-vous, après s'être emporté, il retrouve bien vite sa gaieté naturelle. Des qualités, il n'en manque pas : généreux,
que ce soit au plan affectif ou matériel, humaniste, hyper-sensible, Dimitri possède une énorme culture qu'il n'a jamais cherché
à étaler dans les interviews. Son esprit travaille très vite et tout cela est combiné avec une nature des plus curieuses.
~ Hobbies ~
Comme tous les adolescents, sa première passion sera une mob Peugeot 103 bricolée par ses soins. Sportif, il multiplie
les disciplines, du foot au tennis en passant par le rugby ou le ski. La peinture cubiste ou surréaliste, l'impressionnisme
l'attirent mais il ne supporte pas l'art classique style Renaissance. Il aime les chats, la science-fiction, le minitel et les ordinateurs...
Mais il peut aussi partir jouer les gentlemen-farmers, à cheval, quand le planning d'Indochine lui laisse un peu le temps de vivre.
Dernière passion en date, son petit garçon répondant au nom de Boris !
~ Vie privée ~
Il n'est pas encore marié, mais il vit maintenant depuis deux ans avec une certaine Nathalie... On ne sait rien de plus,
Dimitri ayant toujours été très discret sur sa vie privée, jusqu'au jour où naquit son fils Boris, en plein enregistrement de 7000 Danses.
-
C'est tellement génial d'avoir un enfant assez jeune. La différence d'âge ne sera pas énorme entre
ses parents et lui. Un enfant est une création humaine, donc ce qu'il y a de plus important dans une vie.
Bien entendu, cela a changé mon existence. Maintenant je me fais réveiller toutes les nuits, je suis donc encore
un peu plus fatigué, mais je gagne une force encore plus grande. Je suis peut-être un peu plus pressé de
rentrer chez moi quand nous sommes en tournée. En plus, il est superbe, Boris !
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Indochine for ever... |