Accueil

Nicola et Stéphane
Source : LE SEPTENNAT  (Auteur : Marc Thirion - Editions : Carrere/Kian) 1988.

 

 

~ En famille ~

Les jumeaux sont nés dans la région parisienne et passent les deux premières années de leur vie à Igny. Leur père est alors ingénieur atomiste à Saclay. Quand celui-ci sera muté vers la branche énergie d'Euratom, poste de haut fonctionnaire au service de la communauté européenne, les Sirkis déménagent pour Bruxelles. Famille bourgeoise, quartier résidentiel, Nicola, Stéphane et leur frère aîné Christophe ne manquent de rien. A la maison, on écoute plutôt de la musique classique, on lit beaucoup et élève une multitude d'animaux. A l'age de douze ans, les frères Sirkis doivent pourtant faire face à la séparation de leurs parents. Ils seront alors élevés par leur mère mais continueront de passer leurs vacances dans la ferme de leur père dans le Tarn et garderont de très bons rapports avec celui-ci. Ajoutons que Nicola vouvoyait (et oui !) ses parents au grand étonnement de tous ses copains de lycée. Sans heurt, les frangins ont toujours vécu en parfaite harmonie avec leurs parents. Il est vrai qu'à l'age de seize ans, on pouvait fumer une cigarette sans que cela fasse un drame.

 

~ A l'école ~

Inséparables pendant de longues années sur les bancs de l'école, les jumeaux seront, jusqu'à l'age de treize ans, parmi les Français privilégiés résidant en Belgique.

- On formait un véritable gang dans une école qui regroupait des Européens de diverses nationalités. Et on se battait avec les Allemands de la classe d'à côté.

Mis en pension après la séparation de leurs parents, ils connaissaient alors la période la plus difficile de leur adolescence. A deux kilomètres de la frontière belge, ils se retrouvent pour la première fois isolés de la cellule familiale malgré l'arrivée de leur mère non loin de la pension.

- Nous nous sentions emprisonnés avec un total manque de liberté. Les gens du nord, nous les trouvions yankee ! L'ambiance était bizarre.

Chez les jésuites ils arrivent quand même à échapper à l'éducation religieuse. Il est vrai que les résultats des jumeaux sont forts satisfaisants. Premier de la classe, Nicola comble son temps libre en étudiant. Sa première révolte qu'il partage avec son frère Stéphane : La guerre du Viêt-Nam.

- On était contre l'OTAN, déjà du côté des minoritaires. C'est-à-dire des Viets.

C'est avec un soulagement qu'ils apprennent la décision de leur mère de regagner Paris.

- C'est notre père qui y tenait le plus. Il habite aujourd'hui à Bruxelles !

Ambiance totalement nouvelle. Nicola et Stéphane qui ont toujours vécu dans les grands espaces se retrouvent dans un petit appartement et entrent dans le CES du coin.

- La zone, les bagarres, les rackets. Pour la première fois, nous avons été séparés mon frère et moi. Nous ne fréquentions plus 
les mêmes gens.

En quatrième, les deux jumeaux, pour des questions de quotas, ne sont plus dans la même classe. Après le BEPC, Stéphane persiste dans le public alors que Nicola tente l'option C dans le privé pour éviter un CET de comptabilité... Ils se retrouveront un an à St Sulpice, rue d'Assas, mais seront renvoyés ensemble en fin d'année à la suite d'un canular peu apprécié !
Après avoir raté son bac, Stéphane quitte Paris pour La Plagne tout en continuant à suivre des cours par correspondance. Il pense un temps s'orienter vers une carrière juridique, puis songe à s'occuper d'enfants : il entre donc en fac de psycho à Malakoff. Nicola, quant à lui, travaille trois mois à l'EDF pour se payer une nouvelle école privée, Port Royal. A quatre reprises pourtant, il recevra une note stipulant qu'il est collé au bac. Une première terminale, il redouble, mais ses notes en maths et en anglais (qu'il n'arrive pas à écrire) restent insuffisantes. Il recommencera deux fois en candidat libre, rien n'y fera ! Il est vrai qu'il ne se met à la tache qu'à quelques jours du jour J de l'examen. Un seul bon souvenir, ce professeur d'histoire-géographie qui arrivait avec Libé dans cet endroit où il ne fallait pas trop se montrer avec des journaux de gauche.

- Il y avait tout le temps des descentes de la faf, nous n'étions pas loin d'Assas.

Stéphane participera à de nombreux groupes d'extrême gauche pendant ses études, sympathisant de la Ligue en particulier. Nicola, quant à lui, préférera la démarche d'Amnesty International ou des actions plus solitaires. Un journal tiré à un seul exemplaire, des montages audiovisuels sur Bowie, Warhol ou l'histoire de la Factory.
Il lit Hugo en seconde mais n'arrive pas toujours à finir les livres qu'il commence.

- J'écrivais beaucoup de choses dont j'étais assez fier, mais mes professeurs trouvaient cela trop symbolique, 
se souvient Nicola.

 

 

~ Premiers flirts ~

 

- Nicola -

A son grand désespoir, il y avait plus de filles dans la classe de Stéphane que dans la sienne.

- J'essayais donc de draguer ses copines mais cela ne marchait pas.

La première s'appelait Sophie, elle était blonde et avait treize ans comme lui, ils s'étaient rencontrés en colonie à l'époque des premières boums, des premiers flirts.

- Comme on n'habitait pas dans le même pays, nous nous sommes vite séparés.
Je me souviens d'un grand flip après la colo, on s'écrivait des lettres.

Il faudra qu'il attende ses seize ans pour trouver un autre amour marquant.

- En fait, je n'ai été amoureux que trois fois dans mon adolescence, précise-t-il. Mon frère lui était bien plus dragueur !

- Stéphane -

Il ne s'en cache pas, il aime séduire les filles. Pas de petite amie fixe pour Stéphane qui préfère le changement à la fidélité. 
Son premier flirt ? C'était un mercredi après-midi, il avait été voir Pinocchio. Stéphane avait quatorze ans.

- Même si cela ne durait pas très longtemps, j'étais souvent amoureux. Je garde de bons souvenirs de mes amours d'adolescent.

 

~ Premiers jobs ~

 

- Nicola -

Pas beaucoup d'argent de poche pour le petit Nicola, il doit économiser avec ses cinq francs par semaine pour s'acheter bonbons et carambars, puis par la suite pour se payer le cinéma. Il ne faut pas oublier que Nicola et Stéphane furent élevés par leur mère seule.

- Ma mère travaillait beaucoup pour nous élever. On cherchait plutôt à l'aider qu'à lui demander beaucoup d'argent de poche... D'autant que notre père ne lui donnait pas grand chose pour vivre. On vivait avec mille francs pour quatre.
Aujourd'hui, je suis effaré par l'argent qui peut tomber après un succès comme celui de l'album "3". Mais nous ne sommes pas des ordures, nous n'avons jamais vécu dans un luxe exagéré.

- Stéphane -

Stéphane travaillera tout un été pour se payer sa première guitare. Coût : quatre cents francs.

 

~ L'armée ~

Ensemble, ils se rendront aux trois jours avec un dossier médical qui les conduira à la réforme. Allergie pour Stéphane et fausse sciatique pour Nicola. Ajoutons à cela l'incapacité à être séparés l'un de l'autre. Tout fonctionne comme prévu pour Stéphane mais Nicola se retrouve apte à faire l'armée. Il doit rejoindre sa division après des vacances en Espagne avec Dimitri, et se retrouve à Melun le 4 août 1981, dans le domaine de la communication en morse. Déprime et tentative de suicide au Tranxène 15. Il s'en suit un lavage d'estomac et une exemption à coups de pompes.

- Nous étions à quinze jours exactement du premier concert d'Indochine. J'ai invité toutes les infirmières de l'armée au concert. Pourtant, je m'étais fait passer auprès du capitaine pour pianiste classique ! Je ne suis pas anti-militariste mais je préfère le système de la Suisse. Il ne faudrait pas que l'armée soit obligatoire. C'est une grande hypocrisie. Je n'ai porté l'uniforme que pour la photo. Quand on m'a donné le casque et le fusil, j'étais en pleurs.

 

~ Caractères ~

Difficile de séparer les deux frères malgré des caractères forts différents. Leurs rapports connaîtront des hauts et des bas mais ils ne se sépareront finalement que pour une très courte période, quand Stéphane vivra à la montagne. Ils ont même très longtemps habité ensemble et auront toujours cette complicité de jumeaux. Au départ, il y a évidemment plus de frictions entre Nicola et Stéphane, qu'avec les autres membres du groupe. Logique, on se permet plus de choses quand il s'agit de son frère. Mais ces disputes et tensions ne seront jamais bien graves et s'amenuiseront au fil des années. Aujourd'hui, tout va pour le mieux entre les deux frères qui ont même organisé un grande fête au printemps dernier, aux Bains-Douches, pour célébrer leur vingtième-neuvième anniversaire. Dans le groupe, ils savent avoir des rapports de musiciens, et redeviennent frères en famille. Nicola est plus en avant médiatiquement, mais cela ne gène en aucune façon Stéphane : Nicola est un éternel angoissé du lendemain. Il est parfois aussi lunatique, les autres membres du groupe lui trouvent parfois des idées bizarres. Suffisamment curieux pour ne jamais s'arrêter ; des tonnes de choses circulent dans sa tête au même instant, si bien qu'il a parfois du mal à s'y retrouver ! Stéphane, lui, a toujours été plus destroy et révolutionnaire. Plus rock aussi, dit-on, mais lui n'accepte pas ce qualificatif. Révolté certainement mais moins expressif qu'avant, plus réfléchi et méfiant. Il aime faire la fête alors que son frère ne sort jamais.

 

~ Hobbies ~

 

- Nicola -

Nicola a toujours été passionné par tout ce qui touche aux médias, à l'audiovisuel et à l'écriture, que ce soit avec son fameux journal tiré à un seul exemplaire Inter-presse, les quelques publications où il officie en tant que pigiste 
ou le journal du fan club d'Indochine Le Péril Jeune.
Sa télé, qui était allumée en permanence chez lui, reste dorénavant éteinte. Nicola ne la regarde plus.

- On est aujourd'hui entré dans le supermarché de la générosité. Il n'y a rien de plus abject que la publicité. On arrive à la télé à l'américaine alors qu'il n'y a rien de plus nul que cela ! On casse tout le pouvoir créatif des Français. J'ai horreur de toutes ces séries américaines pour blaireaux. J'ai de plus en plus l'impression de perdre mon temps en regardant la télé et pourtant j'aime les images.

Et puis, il y a la photo, toutes ces images que Nicola ramène des ses déplacements. Peut-être un jour verrons-nous son regard sur la Chine, le Pérou ou le Japon qu'il visita l'été dernier. Ah ! j'allais oublier qu'il aime passionnément les chevaux. Au cinéma, ses goûts ont changé. Il a un peu délaissé les grandes productions "Made in USA" pour un cinéma plus intimiste d'auteurs comme Pialat, Carax ou Doillon... Il aime également visiter les musées, avec une préférence pour l'art moderne.

- Stéphane -

Ayant passé cinq années dans une station des Hautes-Alpes, La Plagne, où il travaillait comme perchman, il est évidemment passionné par tous les sports de haute montagne. Il pratique alors aussi l'alpinisme. Fou de vitesse et de liberté, il excelle dans le ski hors piste et, de retour à Paris, retrouvera un peu cette sensation avec la moto. Il rêvera un temps de se lancer dans la bande dessinée. Il compte, il est vrai, parmi ses amis, de nombreux dessinateurs tels Margerin, Jano, Vuillemin. Beaucoup moins branché politique que par le passé, il ne revendique aujourd'hui qu'un profond respect pour le ministre de la Culture Jack Lang. Mais il préfère de loin les films de science-fiction aux débats politiques. La télévision fait appel à lui en tant qu'animateur surprise : il se prend au jeu et présentera pendant quelques mois 4C+ sur Canal plus. Une parenthèse qui ne remettra en rien en cause sa présence dans Indochine !

 

~ Vie privée ~

 

- Nicola -

Est-il marié ? où vit-il actuellement ? A ce jour, on n'en sait plus rien... (annotation de Nicola lui-même !)

- Stéphane -

Il s'est marié dans le plus grand secret en 87, en Ardèche, avec Sophie. Mais de ce mariage, il ne dira rien de plus.

- Nous sommes des garçons comme les autres. Pas des rock-stars. Ce terme est d'ailleurs complètement dépassé. 
Nous ne gaspillons pas notre argent, nous le réinvestissons. Nous sommes contre la pause artificielle qui empêche d'avancer...

 

...

Accueil


Indochine for ever...

http://www.indo4ever.com